Humaniser l’art sacré.

Humaniser l’art sacré.

Qu’est-ce qui différencie l’art profane de l’art sacré ? L’art sacré s’adresse à l’Autre, l’art profane s’adresse à l’autre. Les édifices religieux seront, par excellence, l’expression de l’art sacré. Quant à l’art profane, il évite toutes relations ou références à un dogme ou à une pratique religieuse. Avec l’art profane, on redescend sur terre. Le monde humain est abordé en s’abstenant d’y ajouter un hypothétique lien à une divinité. Mais la séparation entre le divin et le profane n’est pas toujours évidente. Certains artistes, soumis à une idéologie religieuse, font passer, à travers leurs œuvres ou la vie de leurs héros, la recherche d’un absolu qui vient frapper à la porte du divin. L’œuvre de Paul Claudel est une belle illustration de cette démarche artistique. Dans « Le soulier de satin », l’héroïne, Dona Prouhèze, fait vivre à Rodrigue, l’homme qu’elle aime, un Désir et une souffrance à la limite de l’acceptable. « Si je ne puis être son paradis, du moins je puis être sa croix !… Puisque je ne puis lui donner le ciel, du moins je puis l’arracher à la terre… Moi seule puis lui fournir une insuffisance à la mesure de son désir. »   Contrairement aux auteurs obsédés par la présence de Dieu dans les affaires humaines, le philosophe Emmanuel Levinas aborde l’Etre humain comme il apparaît, avec sa dimension transcendantale. Dans son ouvrage : « Du Sacré au Saint », il décrit le sacré comme étant la pénombre où fleurit la sorcellerie. La sorcellerie est la maîtresse de l’apparence, dit-il. La véritable désacralisation tente de séparer positivement le vrai de l’apparence. La sainteté, ou la pureté de l’Esprit, n’est possible que dans un monde désacralisé, débarrassé de l’apparence. Le sacré n’est pas transcender l’humain pour aller vers une divinité mais c’est ce qui pousse à l’essence même de l’humain. En vivant l’expérience de la rencontre avec le visage de l’autre, le sujet devine la subjectivité  de l’autre et s’ouvre à sa propre subjectivité. Cette expérience de l’ouverture à la subjectivité d’autrui fait découvrir, à celui qui s’y engage, les limites de la liberté personnelle, en constatant qu’il est vain de vouloir vivre et ressentir ce que l’autre vit et ressent au fond de lui-même.

silence de lorne

Le Silence de Lorna de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Dans ce film des frères Dardenne, Claudy n’est, pour Lorna, qu’un objet ou un instrument qui doit lui permettre, par le détour d’un mariage blanc, de réaliser ses projets matériels. Un objet encombrant qui doit disparaître au plus tôt. Elle va petit à petit écouter et enfin regarder Claudy. Cet accueil du visage lui révèle cette part d’infini qui est en lui. « Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps le visage est ce qui nous interdit de tuer. » (Levinas, Ethique et Infini)

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