La Psychanalyse de Freud à Lacan.

Textes parus dans la revue « Phoïbos Arts et Lettres ».

La Psychanalyse de Freud à Lacan.

L’apport freudien, au niveau clinique et au niveau théorique, peut s’articuler autour de quatre axes fondamentaux : l’inconscient – la pulsion – le transfert – la répétition.

Pour Freud, l’Portrait de Sigmund Freudinconscient est le fond de toute vie psychique. L’inconscient est pareil à un grand cercle qui enfermerait le conscient comme un cercle plus petit. Il ne peut y avoir de fait conscient sans stade antérieur inconscient, tandis que l’inconscient peut se passer de stade conscient et avoir cependant une valeur psychique. L’inconscient est le psychique lui-même et son essentielle réalité. Il est donc indispensable de cesser de surestimer la conscience. Ce qui pose le problème de l’espace de liberté que chacun croit pouvoir s’accorder. Qui peut dire : je pense et j’agis en toute liberté ?

Pour ce qui est de la pulsion, Freud défend un dualisme pulsionnel : une pulsion de vie et une pulsion de mort. Du côté de la pulsion de vie, la libido freudienne est certes la plus connue. C’est, pour Freud, l’énergie correspondant à la pulsion sexuelle mais qui ne peut pas toujours trouver satisfaction. Elle va alors se modifier, changer d’objet ou de but, ou se laisser refouler par le moi et réapparaître, par la suite, sous l’un ou l’autre déguisement. La sublimation de cette pulsion passera par diverses activités humaines comme les activités artistiques, intellectuelles ou spirituelles.

Au niveau clinique, une découverte importante de Freud fut la mise en évidence, dans chaque cure, de la relation de transfert. En 1895, Freud avait été confronté à l’impasse dans laquelle se trouvait son collègue Breuer dans le traitement d’une patiente hystérique appelée : Anna O. Breuer se refusait à prendre en considération la relation de transfert de cette patiente. Un peu plus tard, Freud publia le cas Dora où il met en évidence la relation de transfert qui joue un rôle important dans chaque cure. Que sont ces transferts pour Freud : « Ce sont de nouvelles éditions des copies, des tendances et des fantasmes qui doivent être éveillés et rendus conscients par les progrès de l’analyse, et dont le trait caractéristique est de remplacer une personne antérieurement connue par la personne du médecin. Autrement dit, un nombre considérable d’états psychiques antérieurs revivent, non pas comme des états passés, mais comme rapports actuels avec la personne du médecin. Le transfert, destiné à être le plus grand obstacle à la psychanalyse, devient son plus puissant auxiliaire si l’on réussit à le deviner chaque fois et à en traduire le sens au malade. »

Enfin, la répétition porte sur des inhibitions, des attitudes inadéquates, des traits de caractère pathologiques, sur ce qui dans la vie fait problème et que l’on appelle le symptôme.

En juin 1938, Stefan Zweig avait rendu visite à Freud, à Londres, en compagnie de Salvator Dali. Après cette visite, Freud écrit à Stefan Zweig : « Jusqu’à lors j’étais tenté de tenir les surréalistes, qui apparemment m’ont choisi comme saint patron, pour des fous intégraux. Le jeune Espagnol, avec ses candides yeux fanatiques, et son indéniable maitrise technique, m’a incité à reconsidérer mon opinion. Il serait en effet très intéressant d’étudier analytiquement la genèse d’un tableau de ce genre. »

Les surréalistes précédèrent les psychanalystes français dans l’interprétation de l’Hystérie. A propos d’Augustine, la célèbre patiente de Charcot (voir le récent film d’Alice Winocour), dans la revue : « la révolution surréaliste » de 1928,  les surréalistes considéraient que « L’hystérie n’est pas un phénomène pathologique et peut, à tous égards, être considérée comme un moyen suprême d’expression. »

Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, le psychanalyste qui a pris la relève de Freud fut Jacques Lacan. Psychanalyste rendu célèbre par l’enseignement qu’il dispensait hebdomadairement dans son fameux séminaire et par l’originalité de sa pratique analytique. Son institution : « l’école freudienne de Paris » eut et a encore une influence considérable dans le milieu psychiatrique, psychologique et des sciences humaines des pays de langue française. Lacan a toujours inscrit son travail dans l’héritage freudien. Il faut, dira-t-il, lire Freud avec Freud. Dès ses premiers séminaires, il se montra très critique à l’égard de la psychanalyse anglo-saxonne qui ravalait la clinique freudienne à une psychothérapie du Moi. Le renforcement du Moi du patient devait passer, via la relation transférentielle, par une identification au Moi du psychanalyste. Lacan remettra en avant le travail sur l’inconscient du sujet, en écoutant, au plus près, le discours tenu par l’analysant. Un inconscient qu’il dira structuré comme un langage. Les phénomènes de condensation et de déplacement constatés dans le rêve deviendront métaphore et métonymie dans le discours lacanien. En évitant de se situer au niveau du Moi de l’analysant, les interventions du psychanalyste se situent alors en dehors du « raisonnable » et peuvent apparaitre comme particulièrement bizarres ou farfelues.

Au-delà de la beauté, de la captation hypnotique de l’être, Lacan met l’accent sur le DESIR du sujet : cette force inconsciente qui nous anime, qui s’inscrit d’abord dans notre être de besoin puis, en fonction du désir de l’Autre, avec ce que cela suppose d’aliénation, dans la demande, puis nous pousse à « aller au bout de nous-même ». Cela nécessite un détachement par rapport à ce qui fait notre confort quotidien et un détachement par rapport au besoin d’être aimé, au souci de plaire ou de ne pas déplaire. Se délier d’un « avoir besoin absolument » et d’un « qu’en dira-t-on » paralysant afin de se poser la question du fin mot sur son désir.

Aux niveaux théorique et clinique, Lacan réinscrit l’apport freudien sur trois paramètres principaux : le Réel – le Symbolique – l’Imaginaire. Le nouage plus ou moins tordu de ces trois axes va produire le symptôme névrotique. Chez le psychotique, le nouage ne se fait pas. Dans le délire, c’est l’Autre qui parle en lui et qui écrase sa position subjective.

Philippe Sollers était un habitué du séminaire de Lacan. Il fréquentait aussi Lacan dans le privé, sans être passé par le divan de Lacan ou de l’un de ses disciples. Pour lui, Lacan est le dernier des surréalistes : « Le système de vie inventé par Lacan dans l’espace et le temps aura été d’une liberté fascinante. Cabinet d’analyste, écoute directe et concentrée de voix multiples, raccourci ouvrant sur la mécanique des rêves, des transferts, des aberrations et des absurdités apparentes, des névroses répétitives en tout genre et puis, deux ou trois fois par mois, parole tenue en public, élucidation, élucubration, spectacle d’une pensée en cours où c’était, je m’en souviens, un grand bonheur de se rendre. Pourquoi ? L’inattendu, la surprise, la formule qui fait mouche et qui vient d’on ne sait où, pas de l’école en tout cas ni de la prédication bien-pensante. »

Depuis Freud et Lacan d’autres concepts ont vu le jour dans le monde psychanalytique. Par exemple le concept de résilience (capacité à vivre, à se développer en dépit de l’adversité), développé par Boris Cyrulnik. Son dernier ouvrage : « Sauve toi, la vie t’appelle » est un succès de librairie. Pour Cyrulnik, la résilience peut conduire à l’œuvre d’art. « Nos musées sont remplis de souffrances transformées en œuvres d’art. Les artistes sont des médiateurs qui font entendre le récit des victimes. Les artistes maîtrisent leur souffrance et en font une œuvre d’art. Créer c’est aussi revenir à la vie. »

One comment on “La Psychanalyse de Freud à Lacan.

  1. Paul dit :

    Merci pour cet article

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