Un philosophe à la recherche de la lumière : Spinoza

Un philosophe à la recherche de la lumière : Spinoza.

« Johannes Vermeer et Baruch Spinoza ne se sont jamais rencontrés. Il y a pourtant une étonnante parenté dans leur œuvre : la lumière. La qualité de la lumière des intérieurs de Vermeer fait écho aux lumineuses démonstrations de Spinoza, elles nous font regarder l’homme et le monde autrement. » C’est de cette manière que Frédéric Lenoir introduit son ouvrage consacré à Spinoza : « Le miracle Spinoza – Une philosophie pour éclairer notre vie. »

La jeune fille au turban de Johannes Vermeer.

«  Quand on regarde de près, on voit qu’il n’y a pas de              contour. C’est la lumière qui sculpte la forme » (Monique Varma, conservatrice au musée Mauritshsuis)

Dans son ouvrage sur Spinoza, ce grand philosophe du 17ème siècle, Fréric Lenoir nous présente une réflexion philosophique qui est toujours d’une brulante actualité. Spinoza nous propose sa conception du dynamisme psychique de l’être humain, sa conception de la divinité, ses réserves sur le concept de liberté mais surtout son choix de vie, orienté par la joie et par la force du désir.

Les hommes ont l’art de construire un ou des dieux à leur propre image. Spinoza récuse cette conception anthropomorphique et infantile du divin : Dieu nous a créés, il est avec nous, il nous aime et nous punit à l’occasion…

 

L’Enfer et sa carte par Sandro Botticelli, pour illustrer la divine comédie de Dante

 

Spinoza identifie Dieu à la Nature, à une substance infinie couvrant l’entièreté del’esprit et de la matière. Albert Einstein ne croyait pas au Dieu de la bible mais au Dieu cosmique de Spinoza. Cet Absolu, fondement de toute chose, pourrait, actuellement, être assimilé au programme informatique de l’Univers.

 

Photo de l’Univers (le Dieu cosmique de Spinoza et Einstein) du télescope Hubble.

 

 

Cette conception de la divinité ne lui fit pas que des amis et dès sa 23ème année, un hérem (la plus sévère exclusion de la communauté juive)   fut prononcé envers Spinoza par la synagogue d’Amsterdam. A cette époque, il n’était pas bon d’être taxé d’hérésie dans le monde des croyants, c’est pourquoi ses écrits ne furent publiés que dans la clandestinité et lus, dans un premier temps, par les proches et amis du philosophe.

Sa conception du fonctionnement du psychisme humain est aussi révolutionnaire pour l’époque. Spinoza refuse le dualisme corps-esprit. Le corps qui serait d’essence matérielle et l’esprit (l’âme) qui serait d’essence divine. Il affirme qu’on ne peut pas séparer ces deux dimensions de la nature humaine. La médecine psychosomatique ne dit pas autre chose. Le dualisme corps-esprit sera remplacé par un autre dualisme : la tristesse et la joie. Ces deux affects auront un rôle important à jouer sur notre puissance d’agir. Il est important de minimiser les critiques négatives, d’abolir les sanctions, de bannir le sentiment de pécher mais, au contraire, de renforcer les sentiments positifs.

 

L’histoire de l’éducation répressive reçue par Maud Julien, dans un monde imprégné de tristesses, est racontée dans son livre : « Derrière la Grille ». C’est un excellent contrexemple de ce que nous enseigne Spinoza.

Quant au concept de liberté, il est sérieusement mis en doute par Spinoza. Il ne croit pas au libre arbitre cartésien, à une volonté qui nous autoriserait à effectuer des choix indépendamment de nos affects et de nos désirs. Le libre arbitre n’est qu’une illusion car nous n’avons pas conscience des causes qui sont à l’origine de nos actions. Si on met en lumière les causes qui déterminent nos actions, un espace de liberté devient possible. On croit lire Freud !

La force du désir n’est pas que manque mais aussi la force de notre action nous dit le philosophe. Pour Lacan, « la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir » (L’Ethique de la psychanalyse). Quant au poète, il met le doigt sur la dynamique bouleversante du Manque : « Moi seule étais capable de le priver de lui-même, moi seule étais capable de lui fournir une insuffisance à la mesure de son désir. » (P. Claudel, Le soulier de satin.)

Et pour rester dans l’air du temps, cette chanson de Goldman, superbement chantée par Johnny Hallyday :

On m’a trop donné bien avant l’envie

J’ai oublié les rêves et le merci

Toutes ces choses qui avaient un prix

Qui font l’envie de vivre et le désir

Et le plaisir aussi

Qu’on me donne l’envie !

L’envie d’avoir envie !

Qu’on rallume ma vie !

Spinoza et Vermeer nous ont montré que la lumière jaillissait de l’intérieur d’un sujet en recherche positive, à condition de dépasser les limites matérielles, psychologiques ou morales que les représentants de l’obscurantisme cherchent toujours à nous imposer pour que nous n’ayons pas envie d’avoir envie.

 

Jules Lamy

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